infosCliquez sur une information pour lire le contenu    |    2EME EDITION DE LA CONFERENCE ISLAMIQUE INTERNATIONALE DE LA TARIKHA KHADRIYA    |    NGOUMBA GUEOUL, CAPITALE DE LA KHADRIYA AU SENEGAL, VILLE RELIGIEUSE MODERNE

DE BAGDAD A NIMZATT

La Tarikha khadriya se révèle être la matrice de toutes les tarikhas et leur dénominateur commun. Autant pour la protection, la sauvegarde que l'élargissement de la base de la foi islamique, cette confrérie est incontournable. Khadrya renfermant en son sein une forme d'autoprotection incontestable qui lui permet par ailleurs de s'adapter à son temps.

Tous sont unanimes à reconnaitre qu'en dépit de la multitude de ses branches, la confrérie repose toujours sur l'Islam. A ceux qui s'adonnent aux recommandations qui font la force de cette confrérie, Dieu confère une fortune sans trop de mal, elle est aussi un outil pour accéder à la sagesse et à l'honneur.

Le Wird khadrya est un chapelet transmis du Prophète Mohamed à Cheikh Abdou Khadre Djeylani et de Cheikh Abdoul Khadre Djeylani à Cheikhna Cheikh saad Bouh le propagateur. Le concept khadrya tire son origine du Vénéré Abdoul Khadre Djeylani né en 470 de l'Hégire et qui s'éteignit en 561 de l'Hégire soit (1077 à 1166 de l'ère chrétienne).

Homme de lettres de renommée, Cheikh Abdoul Khadre Djeylani est connu pour sa parfaite connaissance du Saint Coran et des Hadiths mais aussi du Soufisme. C'est ainsi qu'en l'an 528 de l'Hégire, il reçut une grande distinction de l'académie des savants le titre de Moufti de Bagdad. De nombreux miracles sont à l'actif de cet homme hors-pair. Mais là n'est pas notre propos aujourd'hui.

Nous relatons néanmoins certaines de ses recommandations. Cheikhna Cheikh Saad Bouh mettait souvent ses talibés en garde contre cette propension à se faire un nom parmi les siens au lieu de faire connaître l'œuvre du Seigneur Allah. Ne vous découragez jamais dans votre sollicitation envers Dieu jour et nuit.

Le Saint Homme invitait aussi les fidèles à ne pas mépriser autrui ou à l'aimer uniquement pour lui-même. En effet, pour lui, seule la Charia doit être le meilleur baromètre pour juger les comportements d'autrui. Si ce comportement est conforme à la Charia vous n'avez aucune raison de le détester ou de le mépriser.

Interrogé sur la fortune, il mettra en garde les gens contre la cupidité, il faut éviter d'être l'esclave de l'argent et pour se faire il faut l'avoir sur soi, être prompte à le partager et le thésauriser car se faisant on cultive ainsi le vice de l'argent. «La meilleure des qualités consiste à répondre par le bien au mal qu'on vous fait», aimait à répéter Cheikh Abdoul Khadre Djeylani qui a légué à la postérité une mine inépuisable de savoir transcrit.

Les ouvrages les mieux connus qu'il a légués sont :
- El Khouniyetou Li Talibi Tarikhi
- El Akhi
- El Fat El Rabbani
- Voutoukh El Khalib
- El Wouyoudate Rabbaniha

La meilleure caractéristique du talibé khadre doit être : la générosité, l'entraide et une grande tolérance envers les autres. De par son attachement au soufisme, la confrérie khadrya a élargi la base de l'Islam particulièrement au 12e siècle, année qui a correspondu à la pénétration de cette confrérie en Afrique de l'Ouest. Prenant ses origines au Maghreb, cette confrérie propagée par ordre chronologique au Sahara, dans l'Adrar, Walata et au Tombouctou grâce à ses messagers, oulémas et Cheikhs et des gens qui s'adonnent à leur commerce. Tous installaient des «daaras» pour y enseigner les saintes lettres du Coran et parfois le savoir tout court. De ces «daaras» on prélevait les meilleurs pour les envoyer se perfectionner à Tarablouss, Kheirevane, Jama Al Khaloune, fass et Jamz El Hasar en Egypte. Le perfectionnement achevé, il revenait en Afrique se mettre au service de leur religion. Ce processus continua et valut à la Tarikha une renommée incontestable et une ampleur insoupçonnée dans toute l'Afrique particulièrement entre Azavade (région frontalière à l'époque du Mali et de la Mauritanie) et le fleuve Sénégal en passant par la Mauritanie. En ce lieu apparut une grande école Khadre dont le fondateur était le Cheikh des Cheikhs, Cheikh Sidy Moctar Il Kounti. Une école dont le prestige fut rehaussé par Cheikh Sidy Mohamed son fils et Cheikh Sidiya de Boutilimit son talibé.

L'autre école de renommée El Fadilia fut créée par Cheikh Mohamed Fadel El Kebir à Odd au 18e siècle correspondant au 13e siècle de l'Hégire. De nombreux Oulémas savants, sortirent de cette école de même que des Cheikhs de grande réputation. Les uns furent orientés au Maghreb dans le Machreck et en Afrique de l'Ouest. On dénombrait parmi eux, ses fils, dont Cheikh Ma El Aïnine qui jouit d'une réputation mondiale pour ses connaissances et la guerre sainte qu'il livra aux colonisateurs dans le grand Sahara, en Mauritanie et au Maroc. On y dénombrait aussi des talibés comme Cheikh Mohamed Fadel Ould Euhbib à qui on doit un ouvrage intitulé «Diya El Moustabine» c'est-à-dire la lumière qu'illumine l'homme en quête de savoir. Toujours parmi les talibés Sidy Abdoulah Ould Mayaba père de Cheikh Moham El Khadr qui fut installé comme Moufti du rite Malikite à Médinatoul Mounawar.

D'autres figures célèbres notamment parmi ses parents furent distinguées. Cheikh Mohamed Fadel Ould Mohamed fut le fondateur de l'école Khadriya située à Adrar. Du fondateur même de l'école Fadélia Cheikh Mohamed Fadel El Kébir, nous citerons comme l'un des miracles, qu'il eut une progéniture de 100 enfants tous étant des «Waliyous» et comprenant 53 hommes et 47 filles.

Au 19e siècle, la confrérie Khadrya s'enrichit d'une nouvelle dimension avec l'école du Mouridisme dont le fondateur Cheikh Ahmadou Bamba connu pour sa connaissance de Dieu, son nationalisme intransigeant reçut le Wird de Cheikh Sidya à Boutilimite avant de devenir le guide spirituel incontesté et l'homme dont la renommée ne fut jamais égalée par un disciple Khadre.

Le 31e fils de Cheikh Mohamed Fadel est le guide de renommée connu sous le nom de Cheikhna Cheikh Saad Bouh. Sa zone d'influence fut l'Afrique de l'Ouest où il abattit un travail remarquable marqué du sceau indélébile du succès au service de l'Islam par le biais de la Tarikha. Il rétablit aussi le pont spirituel entre l'Afrique de l'Ouest et le Maghreb.

Appel en faveur de Dieu

L'appel en faveur de dieu, de l'Islam, de la Tarikha connut une réussite immédiate et certaine grâce à ses vertus de pédagogue doublé d'une efficacité et d'une sagesse lui permettant de traiter avec tous les hommes. Il avait aussi une parfaite maitrise de la politique de l'Islam comme il savait user de la politique pour amener les hommes de Dieu. Autant de qualités qui justifient à coup sûr la place exceptionnelle que Cheikhna Cheikh Saad Bouh occupe dans le cœur des africains. Le don de soi dont il faisait montre, ses qualités d'organisation hors-pair (il avait des représentants et messagers de Dieu établis en des localités précises), expliquent aussi peut être cette place exceptionnelle. Certaines localités, véritables satellites-relais, continuent encore d'exister ; dans certains pays, on y constate une multitude. Il s'agit de la Mauritanie, du Sénégal, de la Gambie et du Mali. Dans les autres pays, Cheikhna Cheikh Saad Bouh continue d'avoir aussi une influence incontestable auprès de ses talibés. Il s'agit de la Côte d'Ivoire, du Gabon et de la Sierra Léone.

Parmi les chérifs originaires des Arabes comme des Négro-africains, Cheikhna a su cultiver les vertus d'unité, de famille, d'aide et de concorde. Cette démarche est sous-tendue par un esprit religieux et humain. Ainsi, grâce à lui, l'Islam connut des bonds remarquables et le processus, en dépit des vicissitudes, luttes de toutes natures, est aujourd'hui irréversible. Ce malgré le dénuement, la crise et la sécheresse implacables qui ont affecté les pays d'Afrique noire.

Né à Odd en Mauritanie vers 1262 de l'Hégire (en 1850), Cheikhna Cheikh Saad Bouh s'installe dans la région de Trarza. L'enseignement qu'il dispensa atteignit tous les niveaux du primaire à l'université en 1284 de l'Hégire et il y eut une véritable ruée vers cet homme exceptionnel. Parmi ceux qui faisaient le déplacement, on distingue surtout les africains noirs. Ainsi son influence couvra la quasi-totalité de l'Afrique du fait de ses connaissances ésotériques et également à cause de ses nombreux écrits. Cheikhna Cheikh Saad Bouh s'éteignit un jeudi 22e jour du mois de ramadan (1335 de l'Hégire correspondant à jeudi 12 juillet 1917). Il fut enterré à Nimzatt l'étape finale qu'il a créée capitale islamique de la confrérie khadrya où plusieurs dizaines de milliers de fidèles se rendent chaque année pour y effectuer le Ziarra et singulièrement à la fin du mois de Ramadan qui consacre la fin du jeûn.

Auparavant, le Saint Homme avait légué à l'éternité 69 livres et plus de 12.000 versets de khassaïdes axés sur différents thèmes de l'Islam. Plus de 360 diplômes supérieurs dans l'Islam furent délivrés à des Cheikhs et Oulémas par le Saint Homme sans compter ceux qui n'ont pas pu accéder à ce niveau. Ces disciples qu'il prenait en charge entièrement s'attelèrent à la vulgarisation de la confrérie khadrya, un flambeau que ses petits fils disséminés dans le continent entendent maintenir tout haut.